Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction. Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante. Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

Les lecteurs les plus honnêtes du Nouvel Obs le reconnaissent volontiers, la chronique de François Reynaert, c'est ce qu'on lit en premier ! Son dernier bouquin, Une golden en dessert, détaille grâce à de courts chapitres thématiques tout ce qui nous "fout le cafard" dans la vie. Oh pas les grands malheurs, ceux qui vous noient dans la déprime, voire la dépression. Non, les petits riens qui rendent la vie toute grise tout à coup, et vous mettent le moral provisoirement en berne. Prenez le mois de novembre par exemple : qui ne souhaiterait pas le voir disparaître du calendrier, ce non-mois fait de grisaille et de crachin froid. François Reynaert lance officiellement une pétition pour passer directement d'octobre à décembre. Plus classique, le chapitre sur Noël, que chacun redoute mais continue de fêter. Ne ratez pas son couplet sur les chansons, c'est un monument qui contient un scoop, Reynaert n'aime pas les Beatles. Vu sa capacité à nous faire rire, on lui pardonnera cette aberration... Les petits cirques miteux sur les parkings de supermarché, un chat amoché croisé dans une rue, les zones pavillonnaires un après-midi de semaine, à chacun de se retrouver dans sa liste, et d'y rajouter ses propres occasions de cafard. Son livre, en tout cas, n'engendre pas la mélancolie !
Isa
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