Ce récit, absolument saisissant vient de se voir attribuer le Prix Transfuge 2026 du premier roman. Il s’inspire de faits réels et méconnus qui soulèvent de vertigineux questionnements sur la nature humaine. Sous couvert de la fiction, qui permet peut-être plus que l’essai, d’exploiter les différentes nuances de gris qui composent la réalité, nous suivons les traces de Paul Remlinger, vétérinaire-biologiste, qui a assisté de près aux exploits de Louis Pasteur, ce génie à qui il voue une admiration sans borne. Mais Remlinger, jeune homme timide et presque falot restera un personnage secondaire dans l’histoire de la Science à l’inverse de ses contemporains de l’Institut Pasteur comme Albert Calmette ou Emile Roux. Affecté à l’Institut Antirabique de Constantinople en 1901, Paul va y végéter de nombreuses années, faute de moyens humains et financiers. C’est un homme solitaire qu’une vie routinière apaise, obsédé par l’hygiène et entièrement tourné vers la vérité scientifique. Mais l’hi...

Jésus
Christ est un personnage fascinant : qu’il ait existé
ou pas, qu’on croie ou pas qu’il est le Fils de Dieu, il y a
quelque chose d’irréductible dans son message, comme un nombre
premier ou un atome, qui fait qu’il résiste au temps, aux folies
de l’Église et ne souffre pas trop la discussion.
Dans
le dernier Amélie Nothomb Jésus raconte à la première personne
son procès, sa dernière nuit, sa crucifixion et sa résurrection.
En faisant toujours un peu la maligne, l’auteur livre mine de rien
un roman très personnel et plus profond que ses derniers opus, qu’on
a lu d’une traite en les oubliant aussitôt. Celui-là n’aura pas
le même sort, pour moi en tout cas. Il reste en tête, et déploie
moult réflexions concentriques. Car l’épreuve de Jésus est celle
qui attend tout humain : faire face à la douleur et à la mort,
garder l’image de ceux qu’on aime, éliminer toute l’hostilité
ambiante pour se concentrer sur sa conscience, vivre pleinement son
rapport au corps. L’humour et la lucidité l’aident à rester
digne, il observe, un peu estomaqué mais sans colère, la
mesquinerie et la cruauté qui l’entourent.
Bien
sûr Amélie Nothomb joue le décalage avec ce Jésus anachronique,
très XXIè siècle dans son expression, dans son rapport au monde et
aux femmes. Mais finalement, la foule le regardant passer avec
délectation, portant sa croix, est-on bien sûr de n’avoir pas
inventé l’équivalent de nos jours ? L’ingratitude de ceux
qui ont bénéficié de ses miracles et qui viennent témoigner
contre lui dans les premières pages consacrées au procès (très
drôles d’ailleurs), ne l'observe-t-on pas dans
notre société, qui a vite fait de brûler ce qu'elle a adoré ?
Il
y a enfin quelques pages poignantes, quand Simon et Véronique
allègent, dans tous les sens du terme, le chemin de croix de Jésus.
Episodes bien connus, à qui A.B. apporte une incarnation simple et
émouvante.
IsaH
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