Accéder au contenu principal

Sandra Hüller, actrice inconfortable

Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction.  Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante.  Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade  pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

"Funny Girl" de Nick HORNBY

Le roman s'ouvre sur une hilarante scène de concours de beauté à Blackpool, Angleterre, au début des années 60. Barbara est très jolie et bien partie pour gagner, mais elle a autre chose en tête : partir pour Londres et tenter sa chance comme actrice de comédie. Car Barbara a beaucoup d'esprit et de répartie. C'est une "funny girl" ! Elle plante là sa tiare de reine et son vieux père, et se retrouve vendeuse de grand magasin dans le Swinging London. Courant les castings, elle a la chance et le talent de se faire remarquer par deux auteurs et un producteur pour être l'héroïne d'une sitcom de la BBC. Et sa vie démarre...
Ce roman très léger et désinvolte, à l'ironie so british, est avant tout une réflexion sur l'art du divertissement. Est-il noble ou mineur ? Cette question est incarnée par les deux auteurs de la sitcom, l'un Tony, passionné par ce registre, l'autre, Bill de plus en plus travaillé par le souhait de "faire une œuvre". Barbara, elle, ne se pose pas ces questions : faire oublier sa beauté pour faire rire, c'est son challenge et elle devient la vedette qu'elle mérite d'être. En toile de fond, N. Hornby interroge également le couple amoureux (sont-ce les goûts communs ou la sexualité qui soude un couple ?), le couple de travail (Bill et Tony tellement en phase, puis malheureux quand leurs ambitions divergent). Ces deux personnages nous rappellent également que dans ces années-là, l'homosexualité en Angleterre était passible de prison : Bill finira par assumer son homosexualité, Tony la niera jusqu'à l'asexualité. Très drôle, ce roman se lit d'une traite comme tous les romans de Nick Hornby, l'auteur de l'inoubliable Haute Fidélité.
IsaH

Commentaires