Hasard du calendrier ou concomitance du festival de Cannes, j'ai rattrapé en deux jours à la télévision deux films primés en 2023 (oui j'ai honte) : La zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix) et Anatomie d'une chute de Justine Triet (Palme d'or). Deux films d'une rugosité certaine, et pour l'exprimer, une actrice "inconfortable" et charismatique, Sandra Hüller : un jeu entre dépouillement et intensité, un physique intrigant, presque dérangeant, cette actrice de théâtre crève l'écran dans les deux films, tout en étant hors champ de la séduction. Voir ces deux films l'un après l'autre en quelques heures est une expérience intéressante. Tous les deux commencent par des scènes du quotidien, vides d'action : un retour de baignade pour une grande famille, un garçon qui promène son chien dans la neige, et bien sûr, au fur et à mesure du visionnage, ces scènes d'exposition un peu trop ...

Les paysages de Fargo (le film des frères Coen), le Minnesota de la neige, du froid et des lacs, cette ambiance d'Amérique profonde et rude, ça vous dit quelque chose ? A Duluth, autre petite ville de cet état limitrophe du Canada, deux jeunes lycéennes disparaissent à un an d'intervalle. Jonathan Stride est de nouveau chargé de l'enquête lorsque Rachel s'évanouit dans la nature. Kerry n'avait jamais été retrouvée. Et il a un mauvais pressentiment....
Beaucoup de rebondissements dans l'intrigue, qui se passe sur plusieurs années et se déplace même à Las Vegas, l'exact opposé climatique et sociétal de Duluth. Le principal intérêt du roman, c'est Jonathan Stride, ce policier veuf inconsolable (mais séduisant) et la galerie de femmes qui l'entourent (mention spéciale à sa partenaire Maggie Bei); et cet arrière fond de la région de Dultuh, ce froid impitoyable, cette neige qui recouvre en quelques heures et pour des semaines les scènes de crime. Alors évidemment, on est loin du génie des frères Coen, mais si on est sensible aux ambiances de vie quotidienne aux Etats-Unis, on suit avec plaisir les fausses pistes et entrelacs de l'histoire.
Isa
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