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"Rouges-Truites" de Pierric BAILLY

De Pierric Bailly, j’ai beaucoup aimé La foudre, puis surtout Le roman de Jim qui aborde avec sensibilité les problématiques de la famille, entre liens du cœur et liens du sang. Mais de la lecture de son dernier opus, R ouges- Tr uites, je ressors un peu désarçonnée. Ça démarre pourtant plutôt bien dans une première partie, hélas trop courte à mon goût qui retrace l'attachement indéfectible unissant des enfants, qu'il s'agisse d'une fratrie ou d'amis et toute son intensité qu’on ne retrouve pas toujours à l’âge adulte. C’est Cédric qui raconte, c’est lui le narrateur d’un récit qui se déroule en différentes époques et en différents lieux. Soit Delphine et Cédric, frère et sœur vivant une enfance sans histoire au sein d’une famille unie dont il n’y a presque rien à dire. Mais à la fin des années 80 dans leur hameau du Vercors, l’arrivée de nouveaux voisins va bouleverser leur vie à jamais. Cédric adore sa sœur aînée, elle est son modèle, son repère mais très v...

"Hazara Blues" roman graphique de Reza SAHIBDAD et Yann DAMEZIN

A première vue, ce gros objet impressionne : grand format, 236 pages, et un graphisme plutôt sobre. Et pourtant, il se dévore, le récit autobiographique de Reza Sahibdad !

Il se situe au moment d’un entretien avec une juge de l’OFPRA, et procède selon le procédé bien connu d’une série de flash-backs. Ce qui est moins classique, c’est le parcours de Reza, aujourd’hui français (tout est bien qui finit bien, donc), réalisateur de documentaires, marié et père de famille.

La famille de Reza est hazara, du nom d’une ethnie afghane. Les hazaras, chiites, étant persécutés en Afghanistan où 90 % des habitants sont sunnites, les Sahibdad migrent en Iran, pays chiite comme eux, espérant être intégrés.

Leur vie en Iran est une suite de désillusions, humiliations et violences les obligeant à vivre cachés et à travailler comme des brutes, clandestinement bien entendu. Car l’Iran, en plus d’être soumis au régime totalitaire que l’on connaît (enfin, de loin), cultive une haine farouche pour les afghans. Les Sahibdad ne s’en étaient pas doutés… Plongée dans la drogue pour Reza, désintoxication, découverte du cinéma, qui le sauve littéralement et lui offre une perspective d’avenir, à condition qu’il quitte le pays. S’ensuivent, on l’imagine bien, d’autres épreuves…

Ce roman graphique ne relate pas tant un parcours de migration, comme c’était le cas par exemple pour l’Odyssée D’Hakim, de Fabien Toulmé, qu’une situation d’exil dans un pays pire que celui que l’on a quitté. Un récit poignant, bien construit, pédagogique sans être lourd (n’oublions pas que Reza s’adresse à la juge de l’OFPRA), dans lequel j’ai appris autant de choses que ressenti d’émotions. Le dessin n’y est pas pour rien, superbe dans sa simplicité, s’inspirant des miniatures persanes (volutes, lignes courbes, recours à l’imagerie animale), et n’utilisant, successivement, que 4 couleurs, toujours symboliques (vert, bleu, rouge pour le temps de l’entretien avec la juge, noir).

L’intérêt pour l’univers perse du dessinateur, Yann Damezin, est d’ailleurs sa marque de fabrique.

Un ensemble qui se donne à voir comme un conte persan, mais quel conte !

Sarbacane, 240 pages, août 2025 

 


 

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