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"American Spirits" de Russell BANKS

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  Russell Banks, disparu en 2023, excelle dans l'art de la nouvelle, il l'a démontré avec Un membre permanent de la famille , que j'ai beaucoup aimé. Il enfonce l'ultime clou avec les 3 récits posthumes d' American Spirits , liés entre eux par le lieu (la petite ville de Sam Dent* au nord de l'Etat de New York) et l'enjeu (des conflits mortels de voisinage dans l'Amérique rurale des armes et de Trump). Un narrateur  fait le lien, d'ailleurs, ("nous" dans les deux premiers récits, puis "je" dans le troisième) et représente la communauté de Sam Dent, témoin et rapporteur des trois histoires. Ce "liant", et les discrètes références aux évènements de l'un et l'autre des récits créent une remarquable cohérence d'ensemble. Les trois récits montrent des familles mises face à une situation d'affrontement suite à l'arrivée à Sam Dent de nouveaux habitants, et dont la ...

[Lecture terminée 21/05/2026] "Hystérie collective" de Lionel SHRIVER

Ayant beaucoup aimé A prendre ou à laisser paru en France en 2023, je me laisse tenter par le nouveau roman de Lionel Shriver. L'"hystérie collective" du titre, c'est celle qui s'est répandue dans la société américaine en 2011 (Lionel Shriver nous installe dans une uchronie), autour du Mouvement pour la Parité mentale, qui interdit de distinguer les gens en fonction de leur intelligence, de quelque manière que ce soit. Un anti-intellectualisme institutionnalisé, qui exaspère l'héroïne, Pearson : cette professeure ne peut plus donner de notes ni d'appréciations, et enrage que dans la vie de tous les jours on n'ait par exemple plus le droit d'utiliser les "mots en C", comme "crétin" . Même L'amie prodigieuse fait scandale à sa sortie, à cause de son titre jugé discriminant ! Le fils de Pearson est menacé de se faire renvoyer de l'école car il a dit à un de ses camarades que son t-shirt était "stupide" (il était orné d'un slogan anti-intellectuel). Peu de personnes de son entourage osent s'opposer à ce nouveau diktat, ni son mari ni sa meilleure amie, ce qui la frustre énormément. Et cette frustration, cette rébellion innée chez elle, on la comprend encore mieux dès le deuxième chapitre, qui nous en dit plus sur l'enfance de Pearson, élevée dans une famille de Témoins de Jéhovah. Une chose est sûre : Pearson et l'embrigadement, ça fait deux... Son enfance, à beaucoup d'égards assez terrifiante, la fait se dresser avec une belle santé contre tous les Systèmes qui ne laissent aucune place au(x) doute(s), qu'ils soient politiques, religieux ou culturels. On sent bien vite le roman à thèse, et une narratrice qui est le double de l'auteure...

Un style au vitriol, réjouissant en ce début de lecture ! L'auteure force le trait pour alerter sur les dérives possibles (réelles ?) de la bien pensance et d'un certain prêt-à-penser. Au fil de ses différents romans, gratter, déranger, nuancer semble être son ADN littéraire, toujours intéressant et plutôt courageux.

A suivre ! 

[Lecture terminée]. Lionel Shriver exploite bien l'enjeu, sur des années, montrant les conséquences dramatiques de la perte de compétences induite par le nouveau système : les chirurgiens ne savent plus opérer, les agriculteurs ne savent plus cultiver, ni les pilotes piloter. Et aussi les conséquences géopolitiques que je vous laisse découvrir... Elle mène l'action à son terme, dans toutes ses dimensions : personnelle (sa relation avec son amie Emory évolue de façon vraisemblable après la crise sur fond de trahison qui les a séparées) ; collective (le monde occidental retombe sur ses pieds, peut-être un peu trop....). C'est abouti et très bien vu. 

L'ensemble est quand même un poil long, avec quelques redondances et quelques passages où Lionel Shriver crache son venin sur la gestion du covid et les vaccins sans plus se "cacher" derrière la fiction. Là, je cale...

Bon allez, tout cela est quand même assez réjouissant, j'ai bien aimé ce personnage d'emmerdeuse chronique, les enfants au QI exceptionnel, le mari élagueur... Avec 50 pages de moins aux 2/3 du récit, c'était parfait !
  

Belfond, 336 pages, janvier 2026

 




 

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