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"La faute de l’orthographe" de Arnaud HOEDT et Jérôme PIRON

Totalement emballée par ce petit essai drôle comme tout, issu d’un spectacle créé par les deux auteurs, belges, et que j’ai découverts en visitant la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterets ! (J’y reviendrai) Que la langue française soit difficile (à pratiquer, à apprendre) n’est un secret pour personne, mais on en prend vraiment conscience à la lecture des nombreux exemples, tous mis en scène, littéralement, de manière désopilante : des 244 façons d’écrire le mot inventé kréfission, à des explications du genre « Cela dit, la plupart du temps le contexte suffit à éviter ce genre de confusion. Si j’écris j’ai loué le Seigneur, personne ne s’interrogera sur le montant du loyer ». Entre homophonies, homographies, paronymes, homographes et polysémies, la dictée est un sport de l’extrême ! Les deux auteurs-comédiens militent donc, tout en célébrant la langue, pour une simplification de l’orthographe, et ils sont convaincants ! Et bien s...

"Hazara Blues" roman graphique de Reza SAHIBDAD et Yann DAMEZIN

A première vue, ce gros objet impressionne : grand format, 236 pages, et un graphisme plutôt sobre. Et pourtant, il se dévore, le récit autobiographique de Reza Sahibdad !

Il se situe au moment d’un entretien avec une juge de l’OFPRA, et procède selon le procédé bien connu d’une série de flash-backs. Ce qui est moins classique, c’est le parcours de Reza, aujourd’hui français (tout est bien qui finit bien, donc), réalisateur de documentaires, marié et père de famille.

La famille de Reza est hazara, du nom d’une ethnie afghane. Les hazaras, chiites, étant persécutés en Afghanistan où 90 % des habitants sont sunnites, les Sahibdad migrent en Iran, pays chiite comme eux, espérant être intégrés.

Leur vie en Iran est une suite de désillusions, humiliations et violences les obligeant à vivre cachés et à travailler comme des brutes, clandestinement bien entendu. Car l’Iran, en plus d’être soumis au régime totalitaire que l’on connaît (enfin, de loin), cultive une haine farouche pour les afghans. Les Sahibdad ne s’en étaient pas doutés… Plongée dans la drogue pour Reza, désintoxication, découverte du cinéma, qui le sauve littéralement et lui offre une perspective d’avenir, à condition qu’il quitte le pays. S’ensuivent, on l’imagine bien, d’autres épreuves…

Ce roman graphique ne relate pas tant un parcours de migration, comme c’était le cas par exemple pour l’Odyssée D’Hakim, de Fabien Toulmé, qu’une situation d’exil dans un pays pire que celui que l’on a quitté. Un récit poignant, bien construit, pédagogique sans être lourd (n’oublions pas que Reza s’adresse à la juge de l’OFPRA), dans lequel j’ai appris autant de choses que ressenti d’émotions. Le dessin n’y est pas pour rien, superbe dans sa simplicité, s’inspirant des miniatures persanes (volutes, lignes courbes, recours à l’imagerie animale), et n’utilisant, successivement, que 4 couleurs, toujours symboliques (vert, bleu, rouge pour le temps de l’entretien avec la juge, noir).

L’intérêt pour l’univers perse du dessinateur, Yann Damezin, est d’ailleurs sa marque de fabrique.

Un ensemble qui se donne à voir comme un conte persan, mais quel conte !

Sarbacane, 240 pages, août 2025 

 


 

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