👍 Bibliosurf a distingué cette critique On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : « les voyages forment la jeunesse » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...

Une soirée en famille. Théo fête ses 20 ans, avec sa mère, son frère, sa fiancée et quelques amis. La grand-mère, centenaire et très malade, est dans son lit, quelque part dans la maison. Le père ne fait que passer. Niels offre à son frère Théo un jeu "Personnages et caractères". Une sorte de jeu de la vérité : on tire des cartes avec des questions plus ou moins personnelles, qu’on choisit de poser à tel ou tel participant. Evidemment la partie de plaisir devient un jeu de massacre, et les secrets, rancoeurs et tensions se révèlent au grand jour.
Ultra classique, me direz-vous. L’originalité du roman est ailleurs, dans sa forme. On commence avec une suite de courts monologues intérieurs des différents protagonistes, qui nous dévoilent peu à peu l’intrigue, indirectement ("Choses pensées"). Les caractères de chacun sont plantés, et le fil de la soirée, avec tous ses rebondissements, est dévoilé entièrement à la fin de cette partie. On apprend ainsi très vite, que Marina, l’amie d’enfance de Théo, venue avec son petit garçon, a eu il y a quelques années une liaison avec Niels. Et qu’elle a gardé le secret sur le fait que Niels est en fait le père de l’enfant. Dans la deuxième partie, intitulée "Choses dites", Alice Ferney retranscrit les dialogues de la soirée, et rien que les dialogues, sans rien y ajouter. Ce qu’on sait de chacun, se trouve complété, éclairé, confirmé. La troisième partie, "Choses rapportées", enfonce le clou : un narrateur extérieur, omniscient, raconte la soirée en mettant en lumière tous les tenants et aboutissants des relations qui lient les protagonistes.
Le procédé est brillant, forcément il y a des redondances, qui parfois sont des répétitions et le roman n’échappe pas à certaines longueurs. Mais globalement on avance assez fascinés par ce jeu de miroirs très fin. La question essentielle qui sous-tend tout le roman, est : comment sommes-nous perçus par les autres, quelle image donnons-nous de nous mêmes ? Il parle de la souffrance à ne pas correspondre pour les autres à l’image qu’on a de soi-même. Et aussi, faut-il révéler les secrets, que gagne-t-on vraiment à le faire ?
Un beau roman, sensible et brillant à la fois, à découvrir dans le foisonnement de la rentrée littéraire.
Isa
Un beau roman, sensible et brillant à la fois, à découvrir dans le foisonnement de la rentrée littéraire.
Commentaires
Tout y est!!!
Un de mes ouvrages préférés!!!
Charlotte
Je me demande juste pourquoi le terme "poudroiment" revient si souvent. Curieux tout de même...
J'aime beaucoup et meri du conseil.
Anne