Accéder au contenu principal

"La rue" de Robert SEETHALER

Qui connaît l’univers de Robert Seethaler ne sera ni perdu ni déçu. Celles et ceux qui ne le connaissent pas encore vont le découvrir : c’est l’univers de l’infra-ordinaire cher à Perec, celui du quotidien, tellement quotidien qu’on ne le voit ni le remarque même plus. Et pourtant, menacé de destruction ou de disparition, il charrie avec lui des tonnes de nostalgie. Robert Seethaler fait vivre la rue de la Lande, quelque part dans une ville et un pays dont les noms ne sont pas précisés (mais probablement en Europe de l’Est, ce qui n’est pas important de toutes façons), au travers des fragments de vie, de dialogues, de courriers administratifs ou amoureux du petit peuple qui y vit : à la boulangerie, chez la fleuriste, pendant la fête de la rue, à l’église, dans des immeubles... Ce qui se trame n’apparaît qu’en toile de fond : la gentrification imminente de cette rue populaire, objet de convoitise et de manœuvres de la part de promoteurs gourmands. Ainsi voit-o...

"Le Goût des secrets" de Jodi PICOULT et Jennifer Finney BOYLAN

Un roman américain, d’une romancière que j’apprécie, Jodi Picoult, des chapitres alternant deux points de vue sur l’histoire, tout pour me plaire ! Mais difficile d’en parler sans spoiler l’intrigue, et je ne souhaite pas dévoiler la révélation faite au milieu du roman (rien que de dire ça, c’est déjà trop!). Une jeune fille, Lily, est retrouvée gisant au pied de son escalier par son petit ami, Asher. Il est assez vite soupçonné, et le roman adopte en parallèle le point de vue d’Olivia, la mère d’Asher, qui raconte les suites policières et judiciaires de l’affaire, et celui de Lily, qui relate les mois précédant sa mort et sa relation avec le jeune homme. Une construction habile qui fait du récit un « page turner ».
Asher a-t-il tué Lily ? Le suspense est très bien tenu, le doute envahit même sa mère, victime de maltraitances conjugales et qui cherche (trouve) en son fils des indices qui le rapprocheraient de son père sur ce point. Et puis il aurait un mobile, dont va s’emparer la partie civile lors du procès, longuement raconté du point de vue d’Olivia, donc, qui a choisi son frère Jordan comme avocat. Le personnage d’Asher reste opaque, et toutes ses réactions peuvent être interprétées en faveur de son innocence ou de sa culpabilité. 
Le roman est toutefois un peu alourdi par sa dimension féministe (ça me fait mal de dire ça !). Le wokisme bien présent n’est pas trop militant, mais les thématiques sociétales qui sous-tendent l’intrigue, sont pour moi traitées de façon trop didactique, et cela tient sans doute au profil de la co-autrice. De même faire d’Olivia une apicultrice est surtout le prétexte à des digressions se voulant pleines de sens et de symboles mais qui sonnent souvent artificielles. Malgré ces quelques réserves, j’ai pris plaisir et intérêt à sa lecture, les personnages sont vivants et attachants, le cliffhanger du milieu enrichit d’un coup l’intrigue, et même le dénouement, parfaitement surprenant, est maîtrisé.
 IsaH

Commentaires