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"L'influenceuse" de Joyce MAYNARD

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : «  les voyages forment la jeunesse  » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...

"California Girls" de Simon LIBERATI



California GirlsLos Angeles, début des années 70. Dans une villa de Hollywood, Sharon Tate et son groupe d'amis sont assassinés sauvagement par un commando de jeunes gens embrigadés par le gourou Charles Manson. Ce fait divers a marqué l'histoire à plus d'un titre : l'atrocité du massacre, perpétré en partie par des jeunes filles, le fait que Sharon Tate était la compagne de Roman Polanski et surtout qu'elle était enceinte. Simon Liberati reconstitue les heures et les journées qui ont précédé et suivi le massacre, et détaille longuement ce qu'il imagine de celui-ci. Les points de vue adoptés sont tour à tour ceux des victimes et surtout ceux des tueurs, aux profils divers, mais tous sous l'emprise totale de leur gourou. On a beaucoup dit que ce massacre avait signé la fin de l'ère hippie. Mais dans cette "secte", l'idéologie, sinon le mode de vie, n'a pas à grand-chose à voir avec le flower power : haine des "nègres", qui causeraient la perte de l'Amérique, haine des riches et des puissants, délire de fin du monde… Tuer pour être parmi les privilégiés qui seront sauvés, c'est ce que vend Charles Manson à ses ouailles, des jeunes en perdition sociale et familiale. La réalité de ses motivations est toute autre : se venger d'un milieu (la scène artistique de LA) qui n'a pas fait de place au musicien de génie qu'il pense être. Car, cruelle ironie rendant définitivement ce massacre hors norme, les personnes tuées n'étaient pas les personnes visées… Simon Liberati nous plonge dans le quotidien de cette communauté, décrivant avec précision une Amérique déclassée où des cow boys d'opérette cohabitent avec les hippies dans des fermes transformées en parcs d’attraction pour touristes, au milieu du désert brûlant de Californie.

A cet évènement devenu iconique, et donc forcément un peu désincarné, Simon Liberati réinjecte de l’humain, sans complaisance pour la violence qu'il décrit précisément, à l'exacte croisée des chemins entre l'empathie envers les victimes (Sharon en tête) et la tentative d'analyse, sinon de compréhension, des motivations des tueurs. Un exercice d'équilibriste réussi.
IsaH

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