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"Tout mais pas Beyrouth", roman graphique de DIEZ et JIBÉ

Dans la foulée de Guy Delisle ou de Nicolas Wild (ah, l’excellent Kaboul Disco  !!!), Mathieu Diez et Jibé signent un roman graphique aussi passionnant qu’émouvant. En 2022, Mathieu Diez décroche un poste d’« attaché pour le livre et le débat d’idées » à l’ambassade de France à Beyrouth (pile l’endroit où sa mère ne voulait pas le voir partir, d’où le titre). Il y restera jusqu’en 2025 et Tout mais pas Beyrouth est la chronique de son quotidien au Liban durant 3 ans. Rien n’y manque : ni la nécessaire et fort pédagogique introduction à l’histoire complexe de ce petit pays, ni la description de la vie et du travail dans la diplomatie à l’étranger, ni les éléments de découverte de cette terre et de son peuple, si attachants. Et bien sûr, la guerre s’invite dans ce qui aurait pu être un récit de voyage bien documenté et agréable à lire. Pour ma part, j’ai été effarée par le passage consacré au stage « Départ en poste sensible », dont le but est de prépa...

"A la table des loups" d'Adam RAPP [Lecture terminée]

[Lecture en cours] Adam Rapp, dramaturge et romancier reconnu aux Etats-Unis, fait l'objet d'une première traduction en français avec cette "table des loups" intrigante. Le premier chapitre se passe en 1951 dans une petite ville de l'Etat de New York, et présente la famille de la jeune Myra. Cette dernière évolue dans un environnement très catholique, et en tant qu'aînée de nombreux frères et soeurs, elle seconde sa mère à la maison. Sa seule échappée consiste à se rendre dans un diner après la messe, où la serveuse lui passe sous le manteau un roman qu'elle dévore, et qui raconte la fugue vers New York d'un adolescent prénommé Holden (on reconnaitra "L'Attrape-coeurs" de Salinger).  Un jeune homme l'aborde et la reconduit chez elle, puis un évènement dramatique survient... Le deuxième chapitre, dix ans plus tard, suit cette fois un des frères, Alec, gamin voleur et turbulent, devenu adulte. Comme Myra dans le premier chapitre, il croise la route d'un homme qui s'intéresse à lui, et va accepter une proposition, sans le savoir pour le pire...

Ces deux premiers chapitres pourraient être des nouvelles en soi, avec une montée en tension assez magistrale et une vraie chute. J'en suis là, j'aime beaucoup, et j'ai hâte de voir où l'auteur va m'emmener. Le chapitre suivant se passe un an plus tard et semble suivre une autre des soeurs, Lexy... 

Quel roman passionnant et profond ! A l'image de ces premières pages, en une suite de chapitres courts, échelonnés entre 1951 et 2010, les vies de Myra, son frère Alec, ses soeurs Fiona et Lexy, son fils Ronan, sa mère Ava, et de leur entourage, défilent sous nos yeux, traversées ou habitées par la violence.  Des personnages ont le "loup" en eux, maladie mentale ou trauma d'enfance non reconnu : Alec le désaxé s'y  livre tout entier, là où Ronan le fils modèle, mais aussi son père Denny, tentent de le dompter pour ne pas faire le mal. D'autres personnages croisent sans cesse les "loups", très proches ou lointains, comme l'infirmière Myra qui tente de sauver ce qui peut l'être. En toile de fond, l'auteur convoque des marqueurs américains (la religion, la précarité dans les petites comme dans les grandes villes, les idoles du baseball), et ces incarnations de la violence absolue que sont les meurtres de masse et la pédocriminalité. Le roman donne à voir subtilement, par renvois habiles et signifiants, la marche du mal à l'oeuvre sur des décennies dans cette famille américaine type, "and the damage done" (vous avez la réf ?). Il y a bien sûr une lecture féministe du roman, les loups étant des hommes, les victimes et les "sauveuses" des femmes, mais aucun manichéisme, ni dogmatisme dans ces portraits complexes, qui tous, de la plus pure (Myra) au plus sombre (Alec), nous touchent profondément. 

IsaH 

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