👍 Bibliosurf a distingué cette critique On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : « les voyages forment la jeunesse » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...
Oh ? Avec un O comme Oser... Djian ose tout :
- se mettre dans la peau d'une femme (et signer un des plus intéressants personnages féminins de la littérature française de ces dernières années).
- parler d'un viol, celui de Michèle, donc, la cinquantaine, une femme forte et sèche, pour qui cet épisode se révèle plus dérangeant moralement, parce qu'elle a été mise en position de faiblesse, que traumatisant physiquement (ce qui a fait couler beaucoup d'encre, mais le viol n'est pas le sujet du récit, et Oh n'est pas un roman à thèse).
- exacerber la tension des liens familiaux entre Michèle et son ex-mari, son fils, sa mère, sans parler de son père, un criminel qu'elle a rayé de sa vie
- flirter avec l'invraisemblable et ne pas lésiner sur les rebondissements (on sait le goût de Djian pour les séries et les feuilletons, qui ne sont pas avares en la matière)
L'épisode traumatique initial va en effet déclencher une cascade d'évènements tragi-comiques, qui vont profondément bouleverser la vie de Michèle et de son entourage… Djian est un raconteur et un dialoguiste hors pair, on ne quitte pas ce roman, drôle par fulgurances, sans la moindre miette de bons sentiments, qui a la couleur de la vie, et où chaque personnage a sa part de mystère, de secret, d'inavouable.
Je n'avais pas lu Philippe Djian depuis longtemps et j'ai eu tort de le "négliger", il reste décidément un des auteurs français les plus intéressants, parce que démarqué, décalé du microcosme littéraire.
IsaH

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