👍 Bibliosurf a distingué cette critique On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : « les voyages forment la jeunesse » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...
Unique décor (ou presque) : une zone commerciale, filmée comme les grands espaces d'un western, avec grand angle et prises de vue sophistiquées. Benoît Poelvoorde, alias Not, est "le plus vieux punk à chien d'Europe, et c'est pas facile". Il arpente la zone car ses parents y tiennent la "Pataterie" locale. Son frère travaille quant à lui dans un magasin de matelas. Il n'a que mépris pour son frère marginal, mais sa vie si bien réglée va basculer dès lors qu'il perd son boulot. D'un coup, le punk paraît bien inoffensif à côté du cadre moyen qui pète les plombs...
Dupontel en fait des tonnes et ça marche. Mais on n'a d'yeux que pour Poelvoorde, qu'on a l'impression d'avoir croisé plein de fois et qui fait un travail en profondeur et sans esbrouffe facile sur un archétype et une figure de notre société, le marginal (avec chien, mention spéciale à l'adorable jack russel qui vaut bien Uggie). Les scènes s'enchaînent, drôles et cruelles, soignées et poétiques, décalées et hyperréalistes.
De ces deux réalisateurs, j'ai préféré "Mammuth", "Le Grand soir" est parfois un peu longuet, mais assène avec force et cohérence les désillusions qu'engendre sur les hommes une société marchandisée et formatée .
IsaH

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