👍 Bibliosurf a distingué cette critique On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : « les voyages forment la jeunesse » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...
On entre lentement dans ce livre très court, un peu désarçonné par une langue simple en apparence mais pas si facile à lire. Après un préambule fantasmagorique en forme de conte, on suit d'abord à distance dans les premières pages le road movie de Frank Money, le mal nommé, ce noir revenu abîmé et alcoolique de la Guerre de Corée, et qui rejoint péniblement sa Georgie natale après s'être enfui d'un asile pour rejoindre sa soeur qui est malade et qu'il a toujours protégée. Malade, la naïve Cee l'est à cause de la cruauté d'un homme, on l'apprendra plus tard après un flash back sur le destin de la famille de Frank et Cee qui nous fait définitivement entrer dans le récit.
Etre noir dans les années 50 dans le sud des Etats-Unis... on a lu beaucoup là-dessus, mais l'immense Toni Morrison, prix Nobel de littérature, arrive encore à et toujours à écrire sur ce sujet avec profondeur et nouveauté. Un immense respect enveloppe ses personnages, et en particulier les femmes, Ida, Thelma, Sarah, qui vont sauver Cee et faire d'elle une femme plus forte.
IsaH

Commentaires