Jamais rien lu de cette femme saisissante. J'ouvre Protocoles. Je tombe direct sur l'horreur de la mort programmée par la justice. Et, donc, sur les protocoles y afférents, En phrases tout aussi sèches et dépourvues d'affect. Cela rappelle l'organisation de l'Holocauste (Recherche d'efficience, inhumanité, dispersion des responsabilités), A plus petite échelle statistique Mais pareille à hauteur d'individu ("Vous avez été condamné à mort", dit la première phrase). J'ai droit au déroulé de tous les modes d'exécution. Salutaire et insoutenable. Problème... - Prêche les convertis comme moi, Les autres ne le liront jamais - Noie le propos dans des anecdotes sexuelles Et le déroulé de ses protocoles personnels. Ennuyeux pour le lecteur (moi). Soi-disant les deux récits imbriqués ne font qu'un ? Ce projet littéraire n'est (pour moi) qu'un voeu pieux. Restent des pages sur la torture infligée aux corps. Plus marquantes et document...
Je l'avoue, je n'avais jamais lu Régis Jauffret. Pas par méconnaissance mais parce que c'est comme ça, il y a des auteurs qu'on n'arrive pas à se décider à lire. Est-ce un penchant malsain pour le fait divers qui m'a poussé à ouvrir "Claustria" ? Oui sans doute et aussi parce que le traitement d'évènements réels par la fiction m'intéresse et a produit des chefs d'oeuvre tant en littérature qu'au cinéma (Gus van Sant avec "Elephant", Emmanuel Carrère et Nicole Garcia avec "L'Adversaire"...).
Donc on plonge avec Régis Jauffret dans une abominable histoire qui a fait le tour du monde, celle de ce père autrichien qui a séquestré sa fille pendant 20 ans dans la cave de sa maison et lui a fait enfant sur enfant... Les points de vue du récit sont divers : Régis Jauffret lui-même enquêtant sur l'affaire, les protagonistes, dans une chronologie éclatée qui ménage de longs tunnels (si j'ose dire) de narration classique sur les années d'enfermement de la jeune fille/femme. Jauffret donne son interprétation de la monstruosité du père, c'est à peine croyable, et c'est totalement crédible. Un roman étouffant et rempli de questions, qui n'élude aucun détail sordide mais ne s'en repaît pas. Une vraie réussite sur laquelle il est difficile de mettre des mots.
IsaH
IsaH

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