👍 Bibliosurf a distingué cette critique On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : « les voyages forment la jeunesse » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...

Fayes Travers - la narratrice - , expert en biens mobiliers, vit avec sa mère dans le New-Hampshire. Discrète, et honnête (ceci a son importance), vie au ralenti, sans grand relief, entrecoupée de visites au cimetière et de visites à son voisin, amant occasionnel. Lors d'une succession dont elle réalise l'estimation, elle découvre un tambour ojibva, qu'elle s'approprie... Geste inconsidéré, et considérable . Si là se trouve le prétexte du roman, le fil conducteur en est l'histoire même du tambour - d'ailleurs, le titre original est "The painted drum" - , la trame tissée de façon complexe : un écheveau de destins, tous les personnages étant intimement liés les uns aux autres, les situations intrinséquement nouées : chaque acte a ou aura un impact, son impact, a ou a eu une raison d'être. En quelque sorte, une psychogénéalogie indienne, terrible et émouvante, proche, à mon sens, du roman initiatique, même si la forme en diffère quelque peu. Remarquablement écrit, concentré, dense, d'une linéarité exemplaire et surprenante ( cf. le 1er chapitre, déconcertant), je pense que c'est le plus abouti des romans que j'ai pu lire de Louise Erdrich : "La chorale des maîtres-bouchers", "Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse", déjà distingués par des critiques - , gagnant en concision et en maîtrise. Réflexion sur les actes et leur retentissement, comment les transcender, enrobé de musique chère à Louise Erdrich, pour qui c'est "le seul moyen de nous consoler de nos chagrins", histoire de vie(s) reconstituée(s) et déroulée(s) sous nos yeux, par touches successives, peinture d'un et de mondes mystérieux, pourtant si proches de notre humanité, ces voix-là nous envahissent et nous portent, par leurs voies souterraines et si évidentes. Dans tous les cas, un roman d'initiation à la culture indienne, ses traditions et ses mythes, au sein du monde contemporain.
Laurence
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