👍 Bibliosurf a distingué cette critique On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : « les voyages forment la jeunesse » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...
J’ai lu deux romans sur le monde du travail, monde de plus en plus exploré par les jeunes plumes de la littérature contemporaine : "Marge brute" de Laurent Quintreau, dont on parle beaucoup et "Gagner sa vie" de Fabienne Swiatly, dont on parle beaucoup moins.
Si Laurent Quintreau dresse en onze scènes un compte rendu hallucinatoire de deux heures d’un comité de direction dans une grande entreprise de com, Fabienne Swiatly nous livre en treize tableaux le curriculum vitae d’une vie d’emplois successifs, qu’on devine être la sienne. Fable caustique et mordante d’un côté, récit réaliste et émouvant de l’autre…
Si Laurent Quintreau dresse en onze scènes un compte rendu hallucinatoire de deux heures d’un comité de direction dans une grande entreprise de com, Fabienne Swiatly nous livre en treize tableaux le curriculum vitae d’une vie d’emplois successifs, qu’on devine être la sienne. Fable caustique et mordante d’un côté, récit réaliste et émouvant de l’autre…
On découvre l’héroïne de « Gagner sa vie » au carrefour de son orientation scolaire : « J’ai dit littérature, ils ont répondu gestion commerce. Pas assez douée pour la voie littéraire. Préparer le bac pour une fille d’ouvrier, c’est déjà bien ». Adolescente rebelle, elle fuit une vie ordinaire toute tracée. Et chaque chapitre égrène, au fil des années qui passent, les différents emplois occupés, tout aussi mornes et difficiles à supporter que le quotidien qu’elle a fui : trieuse de dattes, serveuse de restaurant, secrétaire… On ne sait rien d'autre de sa vie, si ce n’est qu’elle bouge dans la France entière et qu’elle essaie de choisir sa vie. Jusqu’à rattraper son envie d’ado : l’écriture, par la voie des ateliers. On la quitte quadragénaire pensive, qui vient de se mettre à son compte et réfléchit à « ce qu’il en coûte de gagner sa vie »… J’ai été très touchée par les premiers chapitres de son récit, cette difficulté à sortir de son milieu, cette capacité à endurer des emplois difficiles et mal payés en aspirant à autre chose. Cela m’a fait penser à ce très beau film, "La vie rêvée des anges". Est-ce, bizarrement, parce que cela finit bien, que le récit perd en intensité ? Il me semble qu’elle a moins bien traité la réussite de sa vie professionnelle. 
Laurent Quintreau a davantage séduit les critiques, c’est normal, son livre est plus flamboyant, plus brillant, sans doute plus réussi, mais dans un registre plus facile : l’attaque en règle du monde des grandes entreprises, et la cruauté des fusions-acquisitions, qui obligent à dégraisser à tour de bras.
Il est 11H : le comité de direction d’une grande entreprise de communication se réunit, sous l’égide du directeur général, l’ignoble Rorty. Il est question de licenciements, du surpoids de la standardiste, si préjudiciable à l'image de l'entreprise, du solarium qui se construit sur le toit, et dont tout Paris va parler… 11 monologues intérieurs vont se succéder, dans une sorte de logorrhée où se mélangent le fil de la réunion, ressenti par chacun des protagonistes, et les obsessions, peurs, désirs et lâchetés qui traversent leur esprit. Cela donne des chapitres sans pratiquement aucune ponctuation, des pages pleines, écriture qui peut donner le pire comme le meilleur. Là on accroche, l'auteur maîtrise le procédé. Il raffine encore (trop?) les choses, en plaçant son récit sous le signe de Dante et de la Divine Comédie. 9 cercles dans l'enfer, 9 monologues, 1 au Purgatoire, 1 au paradis, et il s'appelle Alighieri… Ca n'apporte pas forcément grand-chose, mais ça fait chic… L'humanité décrite n'est pas reluisante, et au fond la charge porte davantage sur la nature humaine que sur le capitalisme triomphant. Mais après tout, ses mécanismes implacables ont été inventés par les hommes…
Isa
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