👍 Bibliosurf a distingué cette critique On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : « les voyages forment la jeunesse » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...

Aileen est une paumée, prostituée depuis l'adolescence, abandonnée par sa famille. Elle trace sa route tant bien que mal, une route qui va un jour prendre un virage funeste, lorsqu'elle rencontre la jeune Selby. Elle tombe folle amoureuse, et cela ne lui était bien sûr jamais arrivé, elle que les hommes utilisent sexuellement sans même la voir. Le même soir, sa passion éclate, la rendant folle de bonheur, puis elle est atrocement agressée par un client, qu'elle tue en état de légitime défense.
Ce film de Patty Jenkins, sorti en 2004 et inspiré d'un fait divers réel, est implacable. La dérive meurtrière de l'héroïne n'est jamais excusée ou justifiée (sauf peut-être pour le premier meurtre). elle est bien un monstre, qui va tuer 7 fois, 7 clients pas tous aussi ignobles que le premier, dans une gradation d'ailleurs très bien montrée. Elle est bien un monstre (Charlize Theron, défigurée, met mal à l'aise avec son regard fou), mais un monstre qu'on plaint de tout notre coeur, tant elle a été bafouée tout au long de sa vie. Un monstre qui protègera son amie jusqu'au bout. Le personnage de Selby est lui aussi intéressant, beaucoup plus complexe finalement et très insaisissable, Christina Ricci incarne avec une certaine froideur ce mélange d'innocence et d'aveuglement volontaire.
Parfois un peu long, c'est un film loin des standards hollywoodiens, sans happy end, que je vous recommande.
Isa
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