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"Je suis Romane Monnier" de Delphine de VIGAN

👍 Bibliosurf a distingué cette critique  Romane Monnier, si elle était de la génération X*, écouterait Le Mal de vivre de Barbara ou Ultra moderne solitude d'Alain Souchon. Mais Romane Monnier est de la GenZ, comme on dit, et sa béquille n'est pas la musique mais son smartphone, réceptacle, via les applis qu'elle utilise, d'une vie intérieure qui se dégrade, et témoin du chemin qui va la mener à "s'effacer". Témoin puisqu'elle va s'arranger pour le laisser à un inconnu avec une formule ambiguë et polysémique :  "Gardez-le". Le hasard (mais est-ce le hasard ? je vous laisse découvrir les détails romanesques de cette offrande) fait bien les choses, car le nouveau gardien de la vie de Romane est Thomas, quadragénaire sensible et mélancolique, père inquiet d'une jeune fille qu'il a élevée seul. De la génération Y*, il utilise le smartphone (qui n'est pas tout à fait une extension de lui-même, il a connu la vie "sans...

"La belle équipe", film de Julien DUVIVIER

Paris, 1936 : cinq ouvriers au chômage gagnent à la loterie nationale. Ils décident de mettre leur gain en commun afin de s’offrir une nouvelle vie. Découvrant un vieux lavoir en ruine en bord de Marne, ils l’achètent dans le but de le retaper et d’en faire une guinguette qu’ils géreront tous ensemble.

Dès son générique, (un panorama sur des arbres au bord de l’eau, filmés en contre plongée), le film déploie tout son réalisme poétique, déroulant le rêve d’une vie meilleure où tout est beau comme le proclamera plus tard Jean Gabin, l’un des héros. Mais très vite, comme si le bonheur était fugace et les utopies vaines, le sort s’acharne sur ces amis qui mettent pourtant tout leur cœur à l’ouvrage.

Un orage, comme une ombre au tableau, compromet un temps les efforts de ces ouvriers qui veulent devenir leur propre patron. Puis tout se fissure lentement mais sûrement avec l’arrivée d’une femme fatale qui vient fragiliser la solidité du groupe. Enfin, deux d’entre eux s’enfuient tandis qu’un troisième meurt et à la fin il n’en reste plus que deux, en route vers une issue fatale.

Un début heureux comme une revanche sur le déterminisme social, puis une fin tragique mettent en évidence tout le pessimisme de Julien Duvivier qui signe ici un chef d’œuvre du cinéma français d’avant- guerre, un mélodrame bouleversant doublé d'une chronique sociale, pleine d’acuité. La solidarité ouvrière, l’amitié, les lendemains qui chantent, la guerre d’Espagne (l’un des protagonistes est un réfugié catalan), l’accès à la propriété et aux loisirs, le travail collectif sont autant de thèmes qui préoccupent la société de l’époque, avec comme toile de fond l’avènement du Front populaire.

Mais ce film, certes tout en paradoxes est aussi une ode à la vie, avec ses moments de joie pure, comme lorsque Jean Gabin chante dans sa guinguette Quand on s’promène au bord de l’eau qui deviendra un immense succès populaire, fixant à jamais sur la pellicule, toute la ferveur d’un petit peuple qui aspire au bonheur. Les scènes filmées dans et autour de la guinguette, scènes de liesse populaire, de lâcher-prise où l’on se promène en barque, où l’on chante, danse, où les enfant jouent au soleil, courent et crient, où l’on boit un petit coup en respirant le bon air de la campagne sont des instants de toute beauté, parenthèse enchantée et lumineuse malgré le noir et blanc et d’une virtuosité assez exceptionnelle. D’autres scènes, véritables moments d’anthologie émaillent le film comme celle où tout l’immeuble est invité à fêter la bonne fortune des cinq amis : un mouvement incessant de gens qui montent et descendent les escaliers en un ballet frénétique, un brouhaha joyeux, porté par un élan solidaire pour ceux qui vont pouvoir échapper à leur destin.

Au moment du tournage, Duvivier est un cinéaste déjà très reconnu et respecté, cependant, ce film ne reçoit pas un bon accueil critique et sa fin tragique est désapprouvée par les spectateurs, ce qui décide le réalisateur et le scénariste malgré eux, à en faire une autre plus optimiste. Ce n’est qu’en 1986 que l’on peut voir enfin les deux versions.

A noter une distribution magistrale, avec un Jean Gabin qui porte véritablement le film, à l’apogée de son art, tout en humanité gouailleuse, à la fois têtu et rêveur, joyeux et mélancolique dans son désir de changer le monde, et le reste de la distribution est du même acabit. A noter aussi dans un tout petit rôle, Robert Lynen, inoubliable Poil de carotte chez le même Duvivier en 1932.

Mais comme si la réalité rattrapait la fiction, la guerre, bientôt, va briser ces « grandes espérances » : entré en résistance, Robert Lynen est fusillé par les allemands en 1944 à l’âge de 23 ans, Raymond Aimos (Tintin dans le film) engagé FFI meurt sous les balles nazies à la libération de Paris, Jean Gabin quitte la France en 1941 puis s’engage lui aussi dans la résistance. Quand à Charles Vanel, mémorable Charlot subissant l’influence néfaste de sa femme, il est inquiété après la guerre.

Un film à voir ou à revoir, qui nous replonge dans une époque à jamais révolue, une époque de profonds changements, de soubresauts et de luttes ouvrières, nous éclairant sur le passé, toujours aussi émouvant, presque un siècle après sa sortie. Réflexion tristement lucide sur l’amitié ou le pouvoir des utopies qui se heurtent aux limites des faiblesses humaines, avec son lot de trahisons ou de jalousies, La belle équipe mêle joie de vivre, aspiration au bonheur et désillusions amères, attestant ainsi de la fragilité intrinsèque de l’existence.




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