👍 Bibliosurf a distingué cette critique On connaît tous le célèbre aphorisme de Montaigne : « les voyages forment la jeunesse » consigné dans ses Essais . Eh bien, chez Joyce Maynard c’est tout le contraire. Ici, le voyage entrepris par deux de ses protagonistes ne forme personne et va plutôt aboutir à l’irréparable. Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis en 2021, L’influenceuse raconte l’histoire de deux jeunes gens, Kevin et Tammy, qui décident de scénariser sur Instagram leur road trip à travers le pays, road trip au terme duquel Kevin va finir par tuer Tammy. Je ne dévoile rien puisque le roman débute précisément sur cette fin tragique. Et tout le but du jeu, c’est de reprendre les faits à rebours, de tirer le fil de la pelote pour mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette issue fatale. Pour cela Maynard donne la parole à chacun des personnages de l’histoire (sauf Tammy, je reviendrai plus tard sur cet aspect...
Imaginez que le Benelux soit devenu un empire ultra-féministe, une société matriarcale extrême, coupée du monde, suite à un coup d’état en 1970… C’est dans cet univers parallèle au nôtre, ce qu’on appelle une uchronie, que le premier roman de Bernard Quiriny nous plonge. Si le roman emprunte aux maîtres du genre, comme George Orwell, Ray Bradbury, ou Aldous Huxley, le ton, beaucoup plus léger, désopilant par moments, est tout autre. Le résultat, non moins terrifiant au final.
Une délégation de 6 intellectuels français est invitée en voyage officiel en Belgique, évènement unique depuis la Révolution de 1970 et l’avènement de la grande Bergère, Judith. La Grande Bergère règne sur ses sujets et est vénérée comme une divinité. Par exemple, les villes sont déplacées et les autoroutes sont redessinées pour figurer le profil de Judith vu du ciel… Les hommes ne sont plus très nombreux, et ne peuvent être que domestiques. Ils ne sont tolérés que s’ils ont procédé à leur reniement, comprenez leur castration. … Les femmes ont des enfants par procréation artificielle, et peu à peu les autorités peaufinent la technique pour éliminer les rejetons mâles…
L’opinion française, partagée comme le reste du monde sur l’empire féminin, attend les conclusions de ce voyage. Nul n’était entré dans l’empire pour un séjour provisoire et du coup l’empire est un objet de fantasme dans toute l’Europe et passe aux yeux de certains intellectuels comme une société parfaite (on pense à la Chine de Mao dans les années 60-70)…
Notre groupe d’écrivains et de journalistes a donc la pression. Le voyage de 15 jours, commence sous de piètres auspices :
il fait un temps de chien, les véhicules et chambres d’hôtel sont pour le moins spartiates, et Kristin, leur guide, n’est pas très amène. De plus ils sont constamment sous la surveillance de brigadières chargées soi-disant d’assurer leur sécurité, mais servant surtout à les empêcher de regarder ou aller où il ne faut pas. D’abord conscients qu’on ne leur montre pas grand-chose, ils vont petit à petit se laisser gagner par l’esprit ambiant, voué au culte de la grande bergère.
En parallèle, nous lisons le journal au jour le jour d’Astrid, une infirmière belge. Elle vit en communauté avec d’autres femmes et ses deux filles. Son quotidien est fait de restrictions, et comme toutes les autres femmes, elles sont constamment surveillées par les brigadières. Astrid est choisie pour participer aux festivités qui accompagnent le trentième anniversaire de la révolution et aura l’insigne honneur d’offrir le cadeau officiel prévu pour Judith. Transférée au palais, sa vie va basculer…Ce va et vient entre les deux récits, celui de la délégation (l’endroit du décor) et celui d’Astrid (l’envers du décor) assure au lecteur une longueur d’avance sur les personnages. Quiriny, à sa manière, légère et drôle, dénonce tous les totalitarismes. J’ai beaucoup aimé les assoiffées. Jetez vous donc sur cette denrée rare de nos jours, un livre drôle et qui fait réfléchir.
Une délégation de 6 intellectuels français est invitée en voyage officiel en Belgique, évènement unique depuis la Révolution de 1970 et l’avènement de la grande Bergère, Judith. La Grande Bergère règne sur ses sujets et est vénérée comme une divinité. Par exemple, les villes sont déplacées et les autoroutes sont redessinées pour figurer le profil de Judith vu du ciel… Les hommes ne sont plus très nombreux, et ne peuvent être que domestiques. Ils ne sont tolérés que s’ils ont procédé à leur reniement, comprenez leur castration. … Les femmes ont des enfants par procréation artificielle, et peu à peu les autorités peaufinent la technique pour éliminer les rejetons mâles…
L’opinion française, partagée comme le reste du monde sur l’empire féminin, attend les conclusions de ce voyage. Nul n’était entré dans l’empire pour un séjour provisoire et du coup l’empire est un objet de fantasme dans toute l’Europe et passe aux yeux de certains intellectuels comme une société parfaite (on pense à la Chine de Mao dans les années 60-70)…
Notre groupe d’écrivains et de journalistes a donc la pression. Le voyage de 15 jours, commence sous de piètres auspices :
il fait un temps de chien, les véhicules et chambres d’hôtel sont pour le moins spartiates, et Kristin, leur guide, n’est pas très amène. De plus ils sont constamment sous la surveillance de brigadières chargées soi-disant d’assurer leur sécurité, mais servant surtout à les empêcher de regarder ou aller où il ne faut pas. D’abord conscients qu’on ne leur montre pas grand-chose, ils vont petit à petit se laisser gagner par l’esprit ambiant, voué au culte de la grande bergère.
En parallèle, nous lisons le journal au jour le jour d’Astrid, une infirmière belge. Elle vit en communauté avec d’autres femmes et ses deux filles. Son quotidien est fait de restrictions, et comme toutes les autres femmes, elles sont constamment surveillées par les brigadières. Astrid est choisie pour participer aux festivités qui accompagnent le trentième anniversaire de la révolution et aura l’insigne honneur d’offrir le cadeau officiel prévu pour Judith. Transférée au palais, sa vie va basculer…Ce va et vient entre les deux récits, celui de la délégation (l’endroit du décor) et celui d’Astrid (l’envers du décor) assure au lecteur une longueur d’avance sur les personnages. Quiriny, à sa manière, légère et drôle, dénonce tous les totalitarismes. J’ai beaucoup aimé les assoiffées. Jetez vous donc sur cette denrée rare de nos jours, un livre drôle et qui fait réfléchir.
IsaH
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